THAMOURTH N'HARBIL
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LE DEVOIR DE MEMOIRE

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LE DEVOIR DE MEMOIRE

Message par admin le Mer 1 Juin - 23:29

L’année 1958 fut terrible pour des populations sans défense face à des troupes aguerries
de l’armée française chargée de les mettre au pas, d’empêcher tout contact avec les combattants de l’Armée nationale populaire (ALN). Des villageois sans défense des ârchs de Harbil, Ath Rezzoug, Ath Yala, ont été torturés, exécutés sommairement, chassés de leurs maisons et de leurs villages qui ont été incendiés, bombardés, pillés.


Ce camp, essentiellement destiné à lutter contre les soutiens civils de l’ALN, a été installé en janvier 1958 à Tittest, en Petite Kabylie, à environ 330 kilomètres à l’est d’Alger. Auparavant, un petit camp, situé un peu plus haut, à Thala Merzoug, connu également sous le nom de Gahdane, avait été fermé. Tittest restera à jamais gravé dans la mémoire populaire et collective en raison de ce camp étroitement lié aux exactions d’un officier français du 4e régiment de Dragons, le lieutenant Evrard, surnommé «Largate» par les villageois, car son visage et son corps étaient parsemés de taches de rousseur. C’était le pire tortionnaire que la population ait jamais connu, méthodique, prenant plaisir à torturer, à tuer. «Un véritable boucher, sans aucun état d’âme. Il pouvait exécuter, froidement, méthodiquement, de sa main, des dizaines de personne», affirme Si Mohamed Kordjani, qui a passé deux ans dans ce camp, de 1958 à 1960.

Largate avait été muté du Quartier général du 4e Dragons, cantonné à Beni Hafedh. à Tittest. Il commandait une soixantaine de harkis qui lui étaient très fidèles, très dévoués, et avec lesquels il sortait toujours en opération ou en patrouille. Dès qu’un détenu arrivait, il était jeté sans ménagement dans un cachot humide et obscur, «la cave», fermée par une trappe laissant juste le passage pour le corps d’un homme de corpulence moyenne. Le détenu était précipité dans cet endroit obscur et humide par cette trappe. «On remontait par une corde que nous jetait le geôlier», précise Si Mohamed. Des harkis compatissants nous jetaient, parfois, des bouts de pain que l’on ramassait à l’aveuglette dans la fange où on pataugeait, ou bien des boites de conserves remplies d’eau», ajoute-t-il.

Les détenus restaient dans cette cave pendant plusieurs jours baignant dans leurs excréments et leurs urines. «Cette fange nauséabonde nous arrivait jusqu’aux cuisses. Il a fallu que des officiers, incommodés par l’odeur qui se dégageait de ce cachot fassent appel à des sapeurs du génie qui ont creusé un trou sur un côté de cette cave pour évacuer cette boue putride», se rappelle Si Mohamed.

Les détenus étaient sortis, un à un, à tour de rôle, pour l’interrogatoire mené par Largate en personne, «el-behth». Tout un matériel de torture était installé dans la maison de la famille Ourabia, vide de ses habitants, partis à Alger. Là, officiait Largate. «Il était roux, les yeux bleus, le visage glabre pleins de tâches de rousseur. Largate avait inventé une torture très douloureuse et invalidante à laquelle les détenus étaient soumis dès leur arrivée. «On était mis sur un chevron placé entre deux fûts.

Deux soldats tournaient alors le chevron et la peau du ventre était distendue puis arrachée dans d’affreuses douleurs», se souvient Mokhtar qui, debout devant ce qui reste de ce camp, montre les endroits ou étaient les guérites, la cave, les lieux où reposent encore, dans des fosses communes, des dizaines d’hommes morts sous la torture ou exécutés par Largate. «Personne ne s’est préoccupé de ces martyrs, n’a pensé à récupérer leurs corps pour les enterrer décemment», s’est écrié Mokhtar, révolté par tant de désinvolture des autorités. Après le passage à la cave puis à la torture, passages obligés pour tous, les détenus étaient emprisonnés dans une maisonnette gardée par des hommes de la «force locale», des civils armés par l’armée pour des missions de surveillance et de renseignement.

Dans cette maisonnette, appelée «achette Drardja», car appartenant à cette famille, «on s’entassait à 40, 50, parfois 60 dans cette salle exigüe, sur des paillasses ou de la paille semée sur le sol. Les familles étaient autorisées à nous rendre visite une fois par jour et à nous rapporter à manger», indique Si Ahmed Benbellil. Les détenus de cette salle étaient soumis à «la corvée» tous les jours. Ils devaient puiser l’eau pour la cuisine, les douches des soldats, nettoyer les latrines, surveiller les porcs destinés à l’alimentation des militaires.

L’éxécution de Si Mouloud



Si Mouloud Rezzoug, appelé également Si Mouloud Belbouzidi, un militant convaincu de la cause nationale a été exécuté par un harki, sur ordre de Largate, après une mise en scène macabre. Après avoir assassiné plusieurs détenus d’une balle dans la tête, Largate a ordonné l’arrestation de Si Mouloud qui avait déjà été détenu en 1957 au camp de Aïn Larous, près de Bougaâ et torturé à la gégène jusqu’à perdre la raison. La gégène était un petit générateur électrique fonctionnant avec une dynamo et générant un courant électrique lorsqu’un soldat tournait une manivelle. Des électrodes, placées dans différentes parties du corps envoyaient des décharges douloureuses dans tout le corps qui était alors soumis à de violents soubresauts, selon les témoignages des anciens détenus des camps de Tittest, Gahdane et Aïn Larous.

«Si Mouloud courait partout dans le village en hurlant comme s’il ressentait toujours les affres causées dans son corps et son cerveau par la «gégène», se souvient Smaïl qui avait alors sept ans. Sauvé grâce au dévouement d’un médecin juif, très connu dans la région, le docteur Aouizrat, il a été de nouveau arrêté et conduit à Tittest vers la mi-mars, ainsi que des dizaines de villageois après une embuscade meurtrière tendue par une section de l’ALN contre un convoi de l’armée française, le 4 mars, à Aïn Lahdjar, sur la route menant de Bougaâ, le chef-lieu de la commune mixte d’alors, à Tittest. Largate était entré dans une colère folle. Il a fait bombardé les villages situés prêt du lieu de l’embuscade, exécuté des «suspects» et réservé un traitement spécial à Si Mouloud. «Le 17 mars 1958, mon père a été sorti de la cave où il avait été jeté après des jours de torture à la gégène. Il a été conduit à la place d’armes du camp où tous les détenus et la population des villages environnants avaient été rassemblés », raconte son fils Layachi, en montrant le texte d’une rédaction d’écolier, écrit par sa fille Imane qui avait choisi comme thème la mort de son grand-père à l’occasion de la célébration du 1er novembre dans son école.

Cette exécution a marqué tous les habitants qui en parlent encore avec un profond respect pour cet homme et sa famille. Si Mohamed, détenu au camp, était là et se rappelle tous les détails. Cette image poignante me hantera jusqu’à la fin de mes jours, j’avais le cœur serré, la gorge nouée en voyant l’état de cet homme que j’aimais et appréciais», se rappelle-t-il dans un sanglot. Largate a sorti son pistolet pour exécuter le prisonnier. «Puis il s’est ravisé. Il appelé deux jeunes venus pour s’enrôler comme harkis. Il leur a dit que celui qui tuerait cet homme serait immédiatement engagé. Il a tendu l’arme au premier qui a refusé, s’exposant à une série d’injures. Puis il a présenté le pistolet au deuxième, originaire d’un village voisin et dont je tairai le nom par respect pour sa famille. Celui-ci a pris l’arme et tiré à bout portant une balle dans la tête de Si Mouloud qui s’est affaissé doucement, sans un cri, sans un souffle, en glissant sur le mur, sur son côté droit», précise-t-il. Largate a été tué en octobre 1958 par une petite patrouille de l’ALN lors d’un bref accrochage au hameau de Soualem vidé de ses habitants car situé dans une zone interdite.

«J’étais avec lui et je portais le poste de radio, tâche incombant aux prisonniers», se souvient Si Mohamed. «Largate et ses harkis occupaient trois maisons de ce hameau, alors que des djounoud de l’ALN étaient dans une autre maison. Il faisait froid, il y avait un brouillard à couper au couteau par cette nuit d’automne et aucun camp de s’est rendu compte de la présence de l’autre. A l’aube, ils se sont retrouvés face à face. Les djounoud, en nombre réduit, ne recherchaient pas le contact mais des coups de feu ont été tirés par des harkis. Largate est sorti pour s’enquérir de l’origine des tirs. C’est alors que j’ai entendu clairement, derrière le brouillard, en kabyle «c’est un Français, un lieutenant, descends- le», deux coups de feu claquent et Largate s’effondre comme une masse atteint à l’abdomen. J’ai été contraint de le porter jusqu’à la route où une ambulance l’a transporté », se souvient encore Si Mohamed.

La mort de ce tortionnaire a été un soulagement pour la population meurtrie et terrorisée. Les arrestations et les exécutions de civils ont nettement diminué. Mais l’exode des habitants vers les villes, relativement plus sûres, s’est accentué. Des harkis et des militaires français se sont livrés au commerce lucratif des laisser-passer sans lesquels aucun voyage n’était possible, obligeant les malheureux villageois à vendre leurs terres, les bijoux de leur femme, pour payer un laisser-passer et fuir l’enfer de Tittest.

Les batailles de Aïn Anou et Aïn Lahdjar

La colère, la haine viscérale de Largate contre les villages de cette région de Kabylie, a été décuplée par les revers subis dans deux rudes coups portés par l’ALN à l’armée française. «Le 6 janvier 1958, quelques jours seulement après l’ouverture du camp de Tittest et l’arrivée de Largate, l’armée française est venue en force aux hameaux de Ras El-Feidh et Chraïgat où étaient cantonnés environ 300 djounoud de l’ALN réunis autour du commissaire politique de la zone, Si Lahlou Chettab», racontte Si Ahmed Benbellil, habitant de Chraïgat et qui sera ensuite détenu pendant plusieurs mois au camp de Tittest.

«Probablement dénoncés par un collaborateur, les djounoud ont été surpris mais ont réussi à briser l’encerclement malgré des pertes importantes, dont cette de Si Lahlou, tué avec deux de ses compagnons par un avion », le fameux « tiara sefra », appelé ainsi en raison de sa couleur jaune, ajoute Si Ahmed. Les djounoud ont descendu deux avions et tué plusieurs soldats de la 19e Division d’infanterie, appuyée par des harkis et du 4e régiment de Dragons, affirme-t-il.

Pour venger ce revers, l’ALN a fait venir dans la région un officier aguerri, Abdelkader El-Bariki, avec pour mission de porter un coup cuisant à l’armée et à Largate.
Le 4 mars 1958, un convoi de deux véhicules de l’armée avec une vingtaine de soldats à bord, tombe dans une embuscade tendue par El-Bariki et ses hommes au lieudit Aïn Lahdhar, entre Tittest et Bougaa. 18 soldats sont tués, leurs armes récupérés par les djounoud qui n’ont subi aucune perte. Seuls un sergent et un soldat s’en sont sortis avec des blessures en s’enfuyant à travers le lit d’un torrent. En représailles, Largate a fair exécuter 20 détenus des villages de Chraïgat et Ras El-Feidh, proches du lieu de l’embuscade, arguant que les djounoud avaient préparé l’embuscade avec leur aide et qu’ils s’étaient repliés en passant par ces deux hameaux.

L’armée française n’est pas arrivée par hasard dans cette région semi-aride aux hivers rudes et aux étés brûlants. Alors qu’elle était sous le contrôle de l’ALN, après la défaite des Messalistes, l’armée française a organisé, dès 1956, une vaste opération pour montrer sa force et reconnaître le terrain pour de futures implantations, conformément aux instructions de l’état-major qui recommandait alors, un «ratissage systématique» de toute l’Algérie.



La bataille de Thilla et l’opération Espérance

En juin 1955, l’ALN a écrasé un maquis du Mouvement national algérien (MNA) au djebel Thilla à plus de 1 000 mètres d’altitude près des villages d’El-Maïn, Guenzet, Djenaouène, Tidjet et Beni Hafedh. Le colonel Amirouche avait été chargé par Krim Belkacem de coordonner les opérations d’élimination des maquis du MNA à Bouira, Draâ El-Mizan, les Ouadhias, Seddouk, et Bougaâ. Mais les combats les plus durs se sont déroulés à Thilla où près de 500 partisans du MNA, créé par le leader nationaliste charismatique Messali Hadj, ont été tués, selon différentes estimations.

«On ne savait rien des dissensions entre différents courants du mouvement national. On ignorait que Messali avait refusé de se joindre au front créé en novembre 1954 pour unifier la lutte pour l’indépendance, alors que l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) de Ferhat Abbas et les communistes du Parti communiste algérien (PCA), s’y étaient ralliés,» a expliqué Si Mohamed, précisant que grâce à l’action politique de responsables du FLN comme Si Lahlou Chettab, les gens avaient peu à peu compris et s’étaient ralliés au FLN.

Des semaines après la fin des combats, des responsables du FLN sont passés dans les villages et nous ont demandé d’aller enterrer les corps au djebel Thilla. «On a enterré, sommairement, des morceaux de corps humains, dont certains étaient accrochés aux arbres. C’était particulièrement pénible et éprouvant», se remémore cet homme de près de 80 ans, encore traumatisé. Après une bataille de plusieurs jours, qui a tourné en faveur des combattants de l’ALN, l’aviation française s’en est mêlée, bombardant sans discernement les deux camps. Les cadavres ont été éventrés, les blessés achevés et déchiquetés par un enfer de bombes déversées par des bombardiers et des mitraillages en piqué des chasseurs «tiara sefra», selon Si Mohamed.

Vers avril 1956, tous les maquis du MNA en Kabylie sont défaits et la fameuse «force K», formée de militants restés fidèles à Messali sous la coupe de la DST française, a été démantelée par l’ALN qui restera seule face à l’armée française soutenue par l’OTAN jusqu’à l’indépendance, en 1962.

B. B.
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